Santé: de quel tiers ce secteur économique devrait-il relever?

Dans mon idée de triptyque économique, une question vient immédiatement à l’esprit: de quel secteur chaque activité doit relever?

Dans nos contrées, la médecine relève en partie d’un secteur d’économie d’état: les hôpitaux. Toutefois, certains médecins y donnent des consultations privées à des tarifs qui sont parfois élevés et non-remboursés.

La fabrication des médicaments et appareil médicaux relève du secteur « privé », c’est à dire de l’économie de marché, avec tout ce que cela implique comme dérives possibles. Rentabilité à court terme, recherche perpétuelle du profit maximum, recherche orientée vers le rentable. L’affaire du vaccin contre la grippe h1n1 en est une illustration.

Il y a aussi le secteur hospitalier privé,  avec les méthodes du privé. Avec les concentrations possibles et les rachats, on peut déboucher sur de grosses entreprises privées de soins médicaux, voire des rachats par des multinationales.

Les praticiens relèvent du secteur des « professions libérales ». Une appellation curieuse car le tarif est déterminé par la collectivité publique.

Le problème des dépassements d’honoraires rend d’office la notion d’égalité dans l’accès aux soins caduque. C’est encore pire dans le secteur dentaire,  dont les tarifs sont souvent inaccessibles aux plus pauvres et à de plus en plus de personnes jadis classées dans les classes moyennes.

Les pharmacies sont dans un cas encore plus particulier: un secteur privé où la concurrence est bridée par les règles d’installation et à la merci d’une suppression des règles corporatistes, qui ouvrirait automatiquement la voie à des phénomènes de concentration et, éventuellement, à la domination de la grande distribution.

L’usage du mot « libéral » ou du mot « privé » dans ce domaine est assez étrange. Le poids de l’argent y est énorme et je ne vois pas pourquoi le fait de s’occuper de la santé des gens impliquerait nécessairement cette relation un peu trop palpable avec l’argent.Employer le mot « honoraires » ne fait que masquer légèrement le lien avec l’argent. L’idée d’affirmer que la conscience professionnelle serait moindre, par exemple chez les fonctionnaires, car ils ne sont pas payés à l’acte, revient, en fait, à relier toute activité au fondement du libéralisme: de l’addition des égoïsmes, naîtrait un équilibre, qu’on appelle le marché. J’affirme que la conscience professionnelle n’est pas nécessairement liée à la possibilité de gagner toujours plus. Les dérives des uns et des autres, qui parfois se règlent devant des tribunaux professionnels ou autres, dans tous les systèmes, montrent que l’instinct d’accaparement est une constante humaine. Il n’est pas souhaitable de trop l’exacerber, surtout dans ce domaine. L’idée d’un revenu minimum décent et d’un revenu maximum admissible doit pouvoir se mettre en œuvre dans ce domaine aussi. Si la  » clientèle » augmente, au lieu de réguler par le prix ou d’augmenter les heures d’activité au-delà du raisonnable, ne serait-il pas plus judicieux d’augmenter le recrutement?

Devant le poids de ces lobbies, aucune alternative  n’est exprimée. Proposer une fonctionnarisation de la médecine serait insupportable pour certains, et pourtant, les médecins hospitaliers sont fonctionnaires. La propagande du système ne parle que des défauts de la fonction publique (rien n’est parfait), mais jamais de ses aspects positifs, à condition que son fonctionnement n’en fasse pas une énorme machine incontrôlable démocratiquement. Logique, dans un système où le rêve est de « marchandiser » tout. Certains défenseurs de cette médecine libérale risquent de déchanter quand des entreprises de médecine commenceront à prendre de l’ampleur et qu’ils se retrouveront salariés de plus forts qu’eux.

L’alternative est le développement d’un secteur coopératif, sur le principe, un être humain/une voix,  pour regrouper dans des cabinets coopératifs plusieurs médecins, dentistes ou infirmiers. Cela permettrait de partager les locaux, de se relayer, de regrouper les services,  de créer progressivement une approche différente et de renforcer les liens humains.

Il existe, d’ailleurs, des formes de fonctionnement qui permettent d’envisager le développement d’un secteur médical authentiquement coopératif. Il y a des cabinets mutualistes, organisés par des mutuelles. Le médecin peut en être le salarié. La vraie coopérative, dans ce domaine comme dans les autres, va au-delà, et supprime la notion dichotomique d’employeur/employé.

Tout cela permettrait d’envisager un changement progressif de mentalité dans un secteur où l’argent circule trop abondamment.

Le paiement à l’acte me semble être une idée coûteuse. Plus on fait d’actes, plus on gagne: alors pourquoi s’ en priver, s’il n’y a pas de limites?

L’impossibilité de croître sans fin s’applique à ce domaine également. Pas possible de travailler sérieusement au-delà d’un horaire qui permet le repos et la sérénité indispensables à ces métiers. Impossible aussi, dans le système actuel, même légèrement atténué, de « dépenser toujours plus » dans ce domaine. Les dépenses médicales sont de moins en moins bien « remboursées », les patients dépensent toujours plus, soit en assurances ou mutuelles complémentaires, ou directement sur leurs deniers, s’ils le peuvent. Les exclus ont parfois droit à des systèmes de prise en charge par la collectivité, heureusement.

La question qui est assez inaudible est celle des ressources des acteurs de ce système. Dans un contexte de régression sociale organisée ou subie, le fait d’augmenter les rémunérations professionnelles de certains en puisant directement dans les ressources des patients, sans mutualisation des coûts, me paraît choquant.

Les relations traditionnelles avec le médecin de famille se perdent dans un système en voie de déshumanisation. A quand les « hot lines » dans ce domaine? Composez le un si vous avez un infarctus, le deux si vous vous êtes cassé une jambe, le trois si vous êtes dans le coma…

Mes médecins sont des personnes dévouées et humaines, qui font preuve de compassion.Vers quelle dégradation allons-nous?

 

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