Ivan Illich et la douleur

La relecture des oeuvres complètes d’Ivan Illich se révèle très intéressante. Dans « Némésis médicale L’expropriation de la santé », Ivan Illich démolit complètement l’univers médical, qu’il soit dans le cadre de l’économie de marché ou dans celui des économies étatisées de son époque. Il plaide pour une autonomie de l’individu et des communautés locales par rapport au « complexe médico-industriel ». Il ne reconnaît pratiquement aucun apport positif.

En bref, il en est du domaine de la santé, comme de celui de l’école: il faut le faire disparaître. Le médecin ne fait toutefois pas partie des professions condamnées, comme le professeur ou le PDG.

Partant des crises environnementales qui exigeront un retour à la sobriété et à la convivialité, points sur lesquels je suis persuadé qu’Ivan Illich a raison, il dévie vers la remise en cause quasi-totale du progrès médical.

Puis progressivement, comme dans le domaine de l’éducation, les causes de cette agressivité finissent par émerger, en particulier dans le chapitre sur la douleur. Pages 725 et 726( Œuvres complètes Tome1, Fayard), je cite:  « …la douleur était intrinsèque à la nature. Le médecin qui aurait voulu éliminer la douleur aurait dénaturé son patient ». Plus loin, page 726, je vois: « Leibniz résume la nouvelle perspective didactique en parlant du grand ingénieur de l’univers  qui n’a pu inventer de meilleur dispositif pour sa conservation que de lui fournir un sens de la douleur ». Puis, page 727 « Le progrès de la civilisation devient synonyme de réduction du volume total de la souffrance. La nouvelle sensibilité s’inquiète du monde tel qu’il est, non pas parce qu’il  est rempli de péchés…. elle s’exaspère parce  que le monde est rempli de douleurs. »

Je n’accepte pas la douleur, ni la mienne, ni celle des autres. Contrairement à ce qu’affirme Ivan Illich, je ne suis pas anesthésié. Je vois les ravages infligés aux humains et à la nature.

Page 731, pour finir avec les citations, Ivan Illich écrit: « Le nouveau clergé recevra en partage les biens confisqués à l’église ». Ce nouveau clergé, ce sont les médecins.

Ce n’est pas parce que les hommes détruisent leur planète, ce n’est pas parce qu’ils sont peut-être trop nombreux, qu’il faut faire une apologie mystique de la souffrance.

Si nous devons « décroître », en termes de structures complexes et coûteuses, s’il faut probablement recréer de l’autonomie, y compris dans le domaine médical et scolaire, ce n’est pas une raison, à mon avis, pour nier l’idée de progrès à ce point. Bien sûr, il y a des  dérives et des excès,  mais la divine harmonie  et la nature ne sont pas tendres pour nous. Le mysticisme n’est peut-être pas la meilleure façon de persuader  d’une nécessité  de simplicité et de convivialité, en tout cas cela ne marche pas pour moi-même.

Mon expérience de la douleur insupportable  et des médicaments et traitements divers qui l’ont fait disparaître  me semblent être un rappel au bon sens.

Il n’ y a pas besoin de mysticisme pour savoir que nous mourrons tous. Il y a besoin de volonté politique claire pour changer un système économique productiviste qui mène au désastre environnemental. Inutile de tout mélanger.

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