Débat sur les choix énergétiques

Ils sont variés et nombreux, ceux qui demandent un vrai débat démocratique sur les choix énergétiques. Il faudrait un débat sans lobbies industriels  masqués.

Par ailleurs, la revue S!lence a fait circuler ce courrier électronique:

Un Tchernobyl japonais !

Bonjour,

de manière tout à fait exceptionnelle, l’équipe de Silence a décidé d’utiliser cette liste de s!berlettre mensuelle pour vous envoyer les informations qui suivent.

Conformément à notre vocation de média indépendant, nous vous envoyons des informations destinées à éclairer la compréhension de la catastrophe nucléaire qui se déroule actuellement au Japon.

Vous trouverez également une tribune de Michel Bernard, « Je suis en colère », ainsi qu’un texte envoyé par un membre d’Attac-Japon, et le lien vers l’agenda des manifestations prévues.

Merci de faire circuler cette lettre aussi largement que possible.

Anti-nucléairement vôtre,

L’équipe de Silence.
 


Japon

Chronologie d’une catastrophe

Le séisme d’une intensité de 8,9 qui a frappé le Japon le 11 mars 2011 et ses multiples répliques ont provoqué l’arrêt d’urgence de 11 réacteurs situés entre 50 et 350 km au nord de Tokyo. En l’absence de courant électrique et de pannes des groupes électrogènes (certains n’ont pu être alimentés en carburant), les pertes de contrôle de ces réacteurs ont entraîné une surchauffe progressive des cœurs des réacteurs. Malgré les tentatives désespérés des ingénieurs qui ont essayé de faire baisser la pression en ouvrant des soupapes, ou en noyant les bâtiments sous l’eau de mer, la catastrophe n’a pas pu être évitée. Les informations diffusées ont été extrêmement confuses… Le Réseau Sortir du nucléaire a rappelé que TEPCO, l’EDF local, a été condamné 27 fois par la justice japonai se pour avoir diffusé de fausses informations lors d’accidents précédents.

11 mars

  • 22h47 (toujours en heure française), l’alerte est atteinte au réacteur n°1 de Fukushima-Daiichi (6 réacteurs, 3 à l’arrêt au moment du tremblement de terre). Ce réacteur de 439 MWe, mis en route en 1970, présente alors une radioactivité à l’extérieur de l’enceinte mille fois supérieure à la normale.

12 mars

  • 7h36, l’enceinte du bâtiment réacteur n°1 explose. La télévision japonaise filme en direct : on voit des flammes gigantesques sortir du bâtiment et un immense nuage de poussières s’élever à plusieurs centaines de mètres. Les autorités ont déjà évacué la population à 10km à la ronde et étendent la mesure à 20 km (50 000 personnes). Elles demandent aux personnes habitant dans un rayon de 50 km de s’enfermer chez elles. Le vent souffle de sud-est emmenant le nuage radioactif au large… et vers l’Alaska et le Canada. A noter que les réacteurs japonais sont plus résistants aux séismes que les réacteurs français (5 enceintes au lieu de 3). Officiellement, c’est une bulle d’hydrogène qui a fait sauter le bâtiment. Le cœur est alor s en fusion… à l’air libre ! (détection de césium dans le nuage). De l’eau de mer enrichie en bore est injectée pour essayer de noyer le cœur. La radioactivité sur le site est alors mesurée à 10 000 fois la normale. L’utilisation de l’eau de mer provoque une corrosion qui condamne définitivement le réacteur.
  • 13h30, l’alerte est donné sur le site de Fukushima-Daini (4 réacteurs), 12 km plus au sud et une évacuation des populations commence dans un rayon de 20 km (50 000 personnes de plus). A la même heure, en France, l’Autorité de Sûreté nucléaire promet la transparence.
  • 16h, début de la distribution de pastille d’iode dans un rayon de 50 km autour des deux sites nucléaires. L’iode protège du cancer de la thyroïde mais pas des autres cancers : le césium et le strontium attaquent la moelle osseuse, le plutonium les poumons, le carbone va partout. L’accident est d’abord estimé de niveau 4 (par comparaison : Three Mile Island a été classé au niveau 5, Tchernobyl au niveau 7, le plus haut niveau). Il passera à 6 le 14 mars.
  • 16h10 : le gouvernement allemand invite ses ressortissants habitants Tokyo ou plus au nord à partir vers le sud du pays.
  • 21h50, l’AIEA annonce que 140 000 personnes au total ont déjà été évacuées.

13 mars

  • 0h, le gouvernement japonais annonce que sur onze réacteurs arrêtés en urgence un seul s’est arrêté selon une procédure correcte. Il annonce également que des délestages électrique (3h par jour à tour de rôle au moins jusqu’à fin avril, sauf dans le centre de Tokyo) vont être effectués sur l’ensemble du pays. Il lance un appel à la Russie pour que celle-ci fournisse plus de gaz.
  • 7h47, la radioactivité dans la ville de Miyagi, à 80 km du site de Fukushima-Daiichi, est annoncée par TEPCO comme étant 400 fois supérieure à la normale.
  • 9h, l’ambassade de France à Tokyo incite les résidents français (environ 9000) à quitter la capitale pour aller plus au sud.
  • 10h, Greenpeace s’interroge sur l’usage de l’eau de mer, une solution « catastrophe » car le sel va non seulement corroder les métaux, mais en se déposant risque de bloquer des conduites assez rapidement.
  • 15h, l’état d’urgence est déclaré à la centrale d’Onagawa, plus au nord que l’autre, suite à une hausse de la radioactivité (700 fois la normale). Il pourrait s’agir du nuage radioactif du réacteur n°1 de Fukushima-Daiichi
  • 15h50, six journalistes japonais ont réussi à rejoindre une commune à 2km de Fukushima-Daiichi. Ils se sont arrêtés quand les compteurs de mesure se sont bloqués à plus de 1000 mSV/heure (cela veut dire qu’en une heure on reçoit 1000 fois la limite annuelle autorisée pour le public). Ils dénoncent le fait qu’ils n’ont vu aucun panneau sur la route, ni aucun barrage policier pour les empêcher de passer.
  • 18h, manifestation de 3 à 500 personnes à Paris, place du Trocadéro, à l’appel du Réseau Sortir du nucléaire. Présence de Dominique Voynet, Eva Joly, Jean-Luc Mélanchon.
  • 20h, au JT de France 2, Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’écologie dénonce l’opportunisme des antinucléaires français et se félicite du « retour d’expériences qui va permettre d’améliorer la sûreté des centrales en France ». Henri Guaino, conseiller spécial du président Nicolas Sarkozy, déclare lui : « L’accident nucléaire au Japon pourrait favoriser l’industrie française dont la sécurité est une marque de fabrique ». Jean-François Coppé : « En aucun cas, ces accidents ne doivent remettre en cause les choix stratégiques du pays en matière d’énergie ». Eric Besson : « Cet accident n’a rien à voir avec Tchernobyl ».
  • 21h, l’autorité de sûreté nucléaire du Japon annonce que 6 réacteurs au moins sont en difficulté : les réacteurs 1, 2 et 3 de Fukushima Daiichi, les réacteurs 1, 2 et 3 de Fukushima Daini (à 12 km du premier site) où des soupapes ont été ouvertes pour éviter l’explosion des bâtiments, libérant autant de nuages radioactifs.
  • 21h, Nicolas Hulot et Daniel Cohn-Bendit demandent un référendum sur la question du nucléaire.
  • 23h30, explosion du réacteur n°3 de Fukushima Daiichi (760 MW). Celui-ci fonctionne depuis le 22 septembre 2010, avec un combustible mixte uranium-plutonium (MOX) fourni par Areva, beaucoup plus toxique que le premier réacteur. 7 personnes travaillant sur la centrale sont portées disparues. Le système de refroidissement est détruit. Au moins 90 personnes intervenant dans la zone évacuée ont été irradiées.

14 mars

  • 4h, la radioactivité monte au nord de Tokyo : le nuage parti de Fukushima 1 revient du large à la suite du changement de sens du vent. Il semble aussi que le nuage qui sort de Fukushima 3, plus radioactif que l’autre, soit plus conséquent.
  • 5h, le gouvernement des Etats-Unis annonce que son porte-avion Ronald Reagan placé en secours au large du Japon pour l’alimentation des hélicoptères, a traversé un nuage radioactif important et que son équipage a reçu une dose équivalente au maximum autorisé en un mois.
  • 14h, le gouvernement japonais annonce que 180 000 personnes sont déplacées autour des différents sites nucléaires et au moins 187 personnes contaminées.
  • 16h, le réacteur n°2 de Fukushima semble maintenant en péril. L’exploitant annonce son intention de relâcher des gaz pour éviter une explosion plus grave.
  • 18h, Angela Merckel annonce la suspension des autorisations de prolongement des réacteurs nucléaires allemands… pour trois mois. Concrètement, deux centrales devraient donc être arrêtées. Des manifestations pour l’arrêt du nucléaire se déroulent spontanément dans 450 villes réunissant plus de 100 000 personnes.
  • 20h, les associations qui ont participé au Grenelle de l’Environnement ont rencontré Nicolas Sarkozy lors d’une réunion prévue de longue date. Elles ont demandé l’ouverture d’un débat sur la question du nucléaire et de l’énergie en général (pétrole, gaz de schistes, renouvelables, économies d’énergie…). En réponse, Sarkozy a répondu « Pas question de sortir du nucléaire ». Sarkozy s’est même vanté devant des parlementaires UMP : « Si on a perdu des marchés et des appels d’offres, c’est parce qu’on est les plus chers. Et si on est les plus chers, c’est parce qu’on est les plus sûrs ! » Et le plus gros mensonge : « L’EPR, je connais bien le chantier, j’y suis allé plusieurs fois. Je suis désolé de dire ça, mais on a la double coque ! Le principe de la double coque, c’est que si un Boeing 747 s’écrase sur une centrale, le réacteur n’est pas touché ». Rappelons que le Réseau Sortir du nucléaire a été poursuivi en justice (mais a bénéficié d’un non-lieu) pour avoir rendu public en 2003 un document « confidentiel défense » qui dit exactement le contraire.
  • 20h, le gouvernement Suisse annonce la suspension des projets de nouveaux réacteurs dans le pays et une étude sur la poursuite des cinq réacteurs actuellement en fonctionnement. Le gouvernement indien annonce une inspection générale de ses installations (20 petits réacteurs pour 4780 MW au total)
  • 20h, la plupart des grandes entreprises françaises, Areva en tête, ont fait évacuer leurs salariés vers la Corée du Sud, Hong-Kong ou la France. Air-France annonce que ses vols sont saturés.
  • 21h45, la fusion des cœurs des réacteurs 1 et 3 de Fukushima-Daiichi est officielle. Comme ces réacteurs sont à l’air libre, cela signifie que le nuage qui en sort est de plus en plus radioactif.

15 mars

  • 0h03, explosion du réacteur n°2 de Fukushima-Daiichi. Le personnel avait été en partie évacué. Selon Tepco, il reste 50 personnes sur le site de Fukushima-Daiichi. 800 ont quitté leur poste. C’est la confusion totale, plus rien n’est sous contrôle. L’armée américaine est appelée en renfort. La radioactivité au niveau de la centrale est 10 000 fois supérieure à la limite autorisée.
  • 0h30 : le vent tourne et le nuage radioactif se dirige vers Tokyo. Le gouvernement lance un appel : les femmes et les enfants sont encouragés à partir vers le sud de l’archipel ou à l’étranger.
  • 1h30 : les journalistes sont interdits à moins de 30 km de la centrale. 200 000 personnes vivant entre 20 et 30 km du site sont en cours d’évacuation. Le survol des lieux est interdit dans un rayon de 30 km.
  • 2h : nouvelle explosion sur le réacteur n°2 avec brutale hausse de la radioactivité. La radioactivité au niveau de la centrale est 70 000 fois supérieure à la limite autorisée. Une telle exposition pendant douze heures est considérée comme mortelle. Le cœur du réacteur n°2 pourrait être à l’air libre.
  • 7h : le site du Spiegel en Allemagne publie une première carte de la dispersion du nuage radioactif et des entretiens avec des spécialistes allemands : ceux-ci pensent qu’il ne peut s’agir d’une explosion d’hydrogène, mais bien d’une explosion nucléaire, et ceci pour les trois réacteurs.
  • 8h50, le Monde annonce que les habitants de la côte ouest des Etats-Unis se jettent sur les pastilles d’iode.
  • 9h44, alors que les réacteurs 4 à 6 de Fukushima-Daiichi sont à l’arrêt, des déchets du réacteur n°4 stockés dans une piscine proche du n°3 se retrouvent à l’air libre, l’eau s’évaporant, l’agence de presse Kyodo annonce que des déchets se sont enflammés. Or ces déchets sont très radioactifs. Les réacteurs 5 et 6 présentent aussi une chaleur anormale.
  • 10h15, Le niveau de radioactivité relevé dans la préfecture de Chiba, située juste à l’est de Tokyo, est plus de dix fois supérieur à la normale, rapporte l’agence de presse Kyodo. A Kanagawa, 10 fois plus que la normale. A Ibaragi, 100 fois la normale. La pluie commence à tomber précipitant les particules radioactives au sol.
  • 10h25, Deux brèches de huit mètres de large sont apparues dans l’enceinte extérieure du réacteur n°4 de la centrale Fukushima-Daiichi, réacteur à l’arrêt mais soumis à une chaleur extrême.
  • 10h49, selon l’AFP, Dominique de Villepin a interpellé le gouvernement en l’accusant d’être dans le déni.
  • 12h, Le gouvernement allemand a décidé d’arrêter provisoirement sept réacteurs nucléaires construits avant 1980 (il en resterait donc 10 en activité).
  • 12h, « On s’achemine vers une catastrophe nucléaire » déclare à la presse Nathalie Kosciusko-Morizet.
  • 13h, des rassemblements silencieux se tiennent dans une trentaine de villes en France (200 personnes à Marseille, Lyon, Bordeaux, Mulhouse, 100 à Paris, Grenoble…)
  • 17h, Le titre Areva a perdu 18 % à la bourse en deux jours. C’est Areva qui avait fournit le MOX pour le réacteur n°3 de Fukushima-Daiichi. Celui de TEPCO a perdu 42 %.
  • 17h15, Radio-France donne l’ordre à ses sept journalistes présents au Japon de quitter le pays. France-Télévision fait de même à 22h30. RTL, Europe 1, i-télé annonce le repli de leurs équipes à Osaka. Alors que France 24 donne l’ordre à ses journalistes d’essayer d’aller plus au nord !
  • 22h45, début d’incendie visible sur le toit du réacteur n°4 de Fukushima-Daiichi. Des techniciens collectent des données à partir d’un abri situé à l’extérieur des réacteurs et en allant sur place quelques minutes seulement.

16 mars

  • 0h20, l’incendie sur le réacteur n°4 semble éteint.
  • 2h, le vent tourne et le nuage épargne maintenant Tokyo. La radioactivité y est toutefois encore de 300 fois plus haute que la normale. Dans les gares, les trains partent bondés vers le sud.
  • 3h30, après une baisse de la radioactivité locale, 700 personnes sont mobilisées et se relaient par groupe de 70 pour injecter de l’eau sur les réacteurs 1 et 3. Ces « liquidateurs » sont médicalement condamnés.
  • 4h56, nouveau séisme de niveau 6 dont l’épicentre est au sud-ouest de Tokyo.
  • 7h45, la Chine bloque les mots « fuite » et « nucléaire » sur son réseau internet.
  • 8h45, TEPCA annonce que la température des piscines de stockage des déchets des réacteurs 5 et 6 est en hausse.
  • 9h45, La direction d’urgence du département Fukushima annonce que dans l’eau potable à la ville de Fukushima (environs 60 km du site), on mesure déjà de l’Iode (177 Becquerel/kg) et du césium (58 Becquerel/kg).
  • 12h, déclaration de Nicolas Sarkozy : « La France a fait le choix de l’énergie nucléaire, qui constitue un élément essentiel de son indépendance énergétique et de la lutte contre les gaz à effet de serre ». Cocorico ! Le Réseau Sortir du nucléaire réagit imméditement : « le Président Sarkozy privilégie la santé de l’industrie nucléaire à celle des Français ». Réaction de Jean-Luc Mélanchon : « Une autruche dirige notre pays ».
  • 13h15, Tepco annonce que les ouvriers se relaient à l’intiérieur des réacteurs, mais que la radioactivité est telle qu’ils ne restent chacun qu’une minute à l’intérieur !

En résumé, trois fusions partielles de cœurs, deux incendies de combustible usé et cinq explosions d’hydrogène sont survenues dans la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi, qui depuis le séisme et le tsunami du 11 mars 2011, relâche des quantités colossales de radioactivité dans l’atmosphère. L’agglomération de Tokyo, 35 millions d’habitants est aujourd’hui contaminée avec un niveau d’exposition de 300 fois la normale. La population a commencé à fuir vers le sud.

Rappel : Il avait fallut 20 jours pour noyer le réacteur de Tchernobyl sous le sable, cela a nécessité le sacrifice de 600 000 personnes. 25 ans après, selon une récente étude américaine, on approche le million de morts. La région de Kiev où se trouve le réacteur de Tchernobyl ne com ptait que 2 millions d’habitants. La région de Gomel au nord en comptait environ 1,5 million. Il y a donc dix fois plus de personnes exposées aujourd’hui.


Japon

Parole d’expert

« A moins que des mesures radicales ne soient prises pour réduire la vulnérabilité des centrales aux tremblements de terre, le Japon pourrait vivre une vraie catastrophe nucléaire dans un futur proche ».
Cet avertissement est tiré d’un article paru le 11 août 2007 dans le quotidien International Herald Tribune/Asahi Shimbun. Son auteur est le sismologue Ishibashi Katsuhiko, professeur à l’université de Kobe. Ishibashi Katsuhiko faisait partie du comité d’experts chargé d’établir les normes sismiques des centrales nucléaires japonaises. Il en avait démissionné pour protester contre la position du comité. Il estimait que les recommandations fixées par le comité étaient beaucoup trop laxistes.


Je suis en colère

Je suis en colère parce que l’accident de Tchernobyl n’a pas servi de leçon. Et que l’on continue à entendre et lire les mêmes mensonges sur le nucléaire dans les médias.

Je suis en colère quand j’entend à la radio, un haut responsable du nucléaire français nous dire qu’on ne peut remettre en cause le nucléaire : « personne n’a envie de revenir à la bougie ». Que je sache, dans les pays européens qui n’ont pas de centrales nucléaires (Autriche, Danemark, Grèce, Irlande, Islande, Italie, Luxembourg, Norvège, Portugal…), y-en-t-il où l’on s’éclaire à la bougie ? Il n’y a que 441 réacteurs nucléaires dans le monde (dont 58 en France, 55 au Japon)… dans seulement 31 pays, tous les autres pays s’en passent.

Je suis en colère quand en 1979, après l’acc ident nucléaire de Three-Mile Island, on nous a dit que c’était parce que les Américains étaient moins forts que nous ; quand en 1986, après l’accident de Tchernobyl, on nous a dit que les Russes étaient moins foirt que nous… et que je lis aujourd’hui que les Japonais sont moins forts que nous… De qui se moque-t-on ?

Je suis en colère quand on me dit que l’on peut continuer à exploiter encore des vieux réacteurs comme Fessenheim en Alsace (qui a trente ans) parce que « plus il est vieux, mieux on connait un réacteur ». Ce n’est pas parce que vous connaissez bien les défauts de votre vieille voiture qu’elle tombe moins souvent en panne et moins gravement. (Le réacteur Fukushima-Daiichi 1, qui vient d’exploser avait 40 ans et a été autorisé à continuer de fonction ner pour dix ans en février 2011 !).

Je suis en colère quand on nous dit que l’on ne peut se passer du nucléaire en France, parce que cette énergie fournit près de 80 % de notre électricité. C’est oublier que l’électricité n’est pas la principale source d’énergie (c’est le pétrole) et que le nucléaire ne représente que 17 % de notre énergie. Si l’on voulait s’arrêter, on pourrait s’appuyer sur une solidarité au niveau de l’Europe : là, le nucléaire ne représente que 35 % de l’électricité et seulement 9 % de l’énergie ! Il suffirait donc d’économiser 9 % pour s’en passer !

Je suis en colère parce qu’au nom de la défense de la croissance économique, les programmes énergétiques français ou européens, négligent toujours plus ou moins le potentiel des économies d’énergies, préférant la surconsommation, éventuellement alimentée par le recours aux énergies renouvelables. Or l’énergie la plus propre reste celle que l’on ne consomme pas. En adoptant les meilleures techniques disponibles et en évitant les comportements énergivores, nous pourrions diviser par 4 notre consommation en une vingtaine d’années.

Je suis en colère parce que les discours économiques nous polluent : on nous dit qu’arrêter un réacteur nucléaire, ce serait de l’argent gaspillé… mais les 1000 milliards d’euros déjà dépensé en 25 ans pour la gestion de la catastrophe de Tchernobyl (et c’est loin d’être terminé), ce n’est pas un gaspillage encore plus grand ? Mille milliards d’euros, c’est sensiblement le coût qu’il a fallut dépenser pour const ruire l’ensemble des 441 réacteurs actuellement en fonctionnement.

Je suis en colère parce que je sais que l’on peut arrêter relativement rapidement le programme nucléaire français, qu’il existe de multiples scénarios de sortie sur le sujet (de 2 à 30 ans selon les efforts qu’on veut bien consentir).

Je suis en colère quand j’entends mon gendre, 25 ans, ingénieur dans le photovoltaïque, me dire qu’il cherche un nouveau travail car la profession est sinistrée suite aux récentes décisions du gouvernement.

Je suis en colère quand mon fils, 20 ans, me dit : « à quoi ça sert de faire des études si dans cinq ans on a tous un cancer » (et il ne pense pas qu’au nucléaire, mais aussi à la pollution atmosphérique, aux pesticides…).

< strong>Alors j’agis, je me suis investi depuis une trentaine d’années dans les médias écologistes pour faire circuler une information moins déloyale et j’incite les journalistes et les lecteurs à prendre le temps d’eux aussi chercher où est la vérité. Comment peut-on encore minorer l’importance de la pollution radioactive au Japon alors que les images sur internet nous montrent les réacteurs en flamme ?

Alors j’agis et je m’engage dans l’une des 875 associations qui animent le Réseau Sortir du nucléaire pour demander à nos élus de faire pression pour un changement de politique dans le domaine de l’énergie. (www.sortirdunucleaire.org)

Alors j’agis au niveau local en rejoignant les nombreux groupes locaux qui travaillent à des plans de descente énergétique qui nous permettront de diminuer la menace nucléaire, mais aussi notre dépendance à un pétrole qui va être de plus en plus rare. (www.transitionfrance.fr)

Alors j’agis car aujourd’hui si le lobby nucléaire arrive à manipuler élus et médias, c’est parce que nous ne nous indignons pas assez !

Michel Bernard
Journaliste à la revue Silence


Désastre au Japon :
tremblement de terre, tsunami et explosion nucléaire

Au fil des heures qui passent, la réalité s’impose à nous. De nouveaux chiffres, toujours plus élevés, s’affichent sur l’écran, et je me dis que cela devait être la même terrible expérience pour nos amis au Pakistan et en Haïti, qui souffrent encore aujourd’hui du désastre naturel dont ils ont été victimes.

Hier, le gouverneur de Miyagi annonçait que le nombre de morts allaient dépasser les 10 000. Et aujourd’hui le réacteur N° 3 à la centrale nucléaire de Fukushima a explosé, et voilà que le cœur du réacteur N° 2 est en fusion (à 2 heures du matin le 15 mars, heure locale). Il est évident que les réacteurs nucléaires de Fukushima sont hors contrôle.
www.bbc.co.uk/news/world-asia-pacific-12724953

Il y a quaran te ans, nos aînés se sont battu contre la construction de centrales nucléaires : ils avaient compris le danger de telles centrales dans un pays sujet aux tremblements de terre. Malheureusement, ce qu’ils redoutaient vient de devenir réalité !

A l’époque, le gouvernement a exproprié les coopératives de pêcheurs et les communautés locales pour construire les centrales nucléaires. Il a détruit la source de subsistance de ces gens pour ces centrales, en affirmant que l’énergie nucléaire était sans danger.

Aujourd’hui, le gouvernement et la société d’électricité de Tokyo, TEPCO, répètent à l’envi qu’un tremblement de terre d’une amplitude inhabituelle a frappé le nord du Japon. Pourtant, Hiroaki Koide, professeur associé en recherches sur le nucléaire à l’université de Kyoto a déclaré : « Puisque le Japon est un des pays où les tremblements de terre sont les plus fréquents, il ne devrait jamais y avoir tremblement de terre imprévu si le gouvernement soutient le nucléaire. » Beaucoup de citoyens ordinaires verront bien qui est responsable de l’accident.

Hier, la TEPCO a commence à opérer des coupures programmées à Tokyo et d’autres municipalités, elles continueront jusqu’à la fin avril, avec comme explication que l’accident nucléaire a provoqué une pénurie d’électricité. Beaucoup de trains vont être mis hors service. Hier moins de la moitié des lignes roulaient normalement.

Les magasins et les supermarchés de la zone métropolitaine n’ont pas suffisamment de nourriture pour les consommateurs. Le lait, l’eau, le poisson, le pain, le riz se fo nt rares. Certains rayonnages sont vides. Les problèmes de distribution sont une explication. Des voies rapides sont bloquées et les camions ne peuvent arriver.

Les habitants de Tokyo ont pris l’habitude d’un certain confort. Nous pouvions facilement trouver n’importe quoi comme nourriture sans nous rendre compte des centaines de kilomètres parcourus. Nous ne nous souciions pas de qui l’avait produit et comment. Là, le tremblement de terre et la fusion au cœur des réacteurs nous rappellent combien la distribution est aléatoire et qu’il y a d’autres façons de vivre.

Comme la surproduction, la surconsommation et le gaspillage produisent des failles dans la planète, accompagnés qu’ils sont d’émissions de gaz à effet de serre et de destruction de la Terre Mère. Notre plus grande tâche aujourd’hui pourrait être de redéfinir une façon de vivre sans détruire l’environnement.

Quatre jours ont passé depuis la tragédie. Des informations alarmantes se suivent et se ressemblent. Nous n’avons pas encore de nouvelles de certains de nos proches dans des zones sinistrées. La contamination par radiation se répand. Il paraîtrait qu’elle atteint déjà Tokyo. Nous sommes enveloppés d’une angoisse invisible.

En solidarité, avec espoir et amour,

Yoko Akimoto
Secrétariat, ATTAC Japon


Agissons !

Pour connaitre les lieux et heures de rassemblements organisés ces jours-ci partout en France :

http://groupes.sortirdunucleaire.org/alerte-japon/rassemblements.html




Cette s!berlettre peut faire l’objet d’échanges -modérés- avec d’autres associations partenaires ou amies qui partagent notre éthique et notre sensibilité. Vous serez susceptibles, dans ce cadre, de recevoir ponctuellement certains messages ou invitations à vous abonner à une lettre d’information, de la part de ces structures, invitations que vous pourrez refuser.

Vous pouvez nous écrire en passant par le formulaire de contact de notre site : www.revuesilence.net ou à notre adresse postale.

 
 
 
Pour contacter la revue :
Tél. : 04 78 39 55 33
Silence, 9 rue Dumenge, 69317 Lyon Cedex 04
Permanences du lundi au jeudi, 10-12h et 14-17h.
www.revuesilence.net
 
 
 
 
 

 

 

Je suppose que les grands médias ont fait de gros titres à la une pour ces deux communiqués!

Avant la catastrophe, ceux qui l’envisageaient étaient accusés de catastrophisme. Maintenant qu’ils exigent un débat, ils sont accusés d’indécence! Curieuse méthode pour éviter le débat démocratique!

Cette volonté de ne rien faire ou de  » laisser faire » est de très mauvais augure pour les autres catastrophes annoncées!

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