Négociations commerciales très discrètes de part et d’autre de l’Atlantique et du Pacifique

 

Dans nos contrées les négociations commerciales internationales ne semblent pas susciter beaucoup d’intérêt dans les médias. Pourtant, tout cela engage notre avenir et nous lie à un système économique pervers, au service de grands intérêts privés. La conséquence peut-être une dégradation supplémentaire de tous les systèmes de redistribution sociale et une limitation considérable de toute tentative de freiner  les destructions environnementales.

Pourquoi ce quasi secret? Pourquoi la liberté du commerce, en particulier au profit de très grandes entreprises privées, suscite-t-elle une telle frénésie de négociations alors que celles qui concernent de vrais problèmes causés par ce système économique   sont souvent sabotées, comme à Copenhague, à propos des changements climatiques anthropiques? Autant certains pays s’acharnent à obtenir la signature d’accords commerciaux favorables à leurs entreprises, autant les mêmes pays sont actuellement réticents pour signer des traités qui sont perçus comme des freins au « business as usual ».

Les vrais problèmes, qui menacent les générations humaines à venir sont ceux créés par les  générations  actuelles: l’hyperactivité humaine sature notre environnement, qui n’arrive plus à digérer les dégâts que nous infligeons à la nature.

La crise climatique est symptomatique de cette situation.

Tous les productivismes, collectifs ou privés ont mené à cette situation inquiétante.

Le siècle des Lumières nous a libérés partiellement des jougs imposés par les féodalités institutionnalisées. Du coup, un comportement prométhéen s’est emparé de beaucoup d’esprits, jusqu’à l’excès.

Les imaginaires sont encore imprégnés de cette idée que l’on retrouve dans l’œuvre de Jules Verne: nous pouvons imaginer toutes les conquêtes.

De nos jours, nos voyages à la conquête de nouvelles lunes ressemblent parfois à ce que Jonathan Swift a décrit dans  »A Voyage to Laputa », un des Voyages de Gulliver: un saccage.

Cette dérive prométhéenne se retrouve dans le système économique dominant actuel. Une fois  « l’égalité des chances » assurée, la concurrence de tous contre tous permet la mise en place d’un nouvel état de fait: le « gagnant emporte tout ». D’immenses entreprises naissent et un système financier qui leur facilite la tâche est mis en oeuvre. Des sommes gagnées par la production se transforment en argent de casino pour tenter de décupler les mises. Au bout du compte, les gagnants du système finissent par créer des oligarchies de fait, qui, imprégnées d’un esprit d’accaparement   prométhéen, veulent éliminer tout obstacle à l’accumulation infinie de leurs richesses. Harpagons des temps modernes, ils ne se contentent plus de contempler leurs « cassettes ». Ils veulent des cassettes extensibles sans fin.

Les obstacles à l’accaparement généralisé sont la redistribution des richesses par l’impôt, par exemple. Jadis, des systèmes communistes autoritaires leur faisant peur, ces oligarchies naissantes, se contentaient de petites cassettes. De nos jours, même les formes les plus  modestes de partage des richesses leur sont insupportables: et de tenter de casser tous les services publics, et de tenter de démembrer toutes les structures d’entraide sociale: santé, retraites et autres indemnités de chômage en faisant croire que leurs ayants droits sont des profiteurs assistés. Les vrais profiteurs de la décomposition du lien social savent d’ailleurs se faire assister par de nombreux valets serviles qui se transforment en vecteurs…  des intérêts oligarchiques. Le rêve  des oligarques est peut-être de transformer toutes ces structures patiemment construites par les citoyens éclairés en source de remplissage d’autres cassettes. Un premier ennemi des oligarchies est donc ce qui les prive de possibilités d’enrichissement supplémentaires.

Le second ennemi des oligarchies est la notion de limite matérielle que l’écologie moderne a permis de mettre en avant. Impossible de croître sans fin dans un monde fini. La saturation anthropique de l’univers va imposer une réduction de l’extensibilité des cassettes. Les harpagon(s) des temps modernes ont reçu le message cinq sur cinq.

Donc, tout ce qui pourrait étendre la socialisation et le partage, tout ce qui suppose le retour à plus de modestie humaine  et à plus de respect de la nature est à bannir pour pouvoir faire encore grossir les cassettes.

Logiquement, pour ces personnes et leurs valets, il faut favoriser la liberté du commerce et de la finance et minimiser tous les freins cités plus haut.

Les moyens d’information étant malheureusement souvent dans la dépendance financière et politique, nos concitoyens, parfois moins bien éclairés que jadis, laissent faire ou se trompent d’ennemis. On tente de leur désigner de nouveaux boucs-émissaires: les immigrés ou des fanatiques religieux. La peur remplit  alors son office et les citoyens  de se précipiter sous les ailes des rapaces qui   vont les plumer. Plus il y a de chocs, plus les esprits affaiblis se plient à la servilité souhaitée, comme Naomi Klein l’a démontré dans  »La Stratégie du Choc ». Certains résistent car ils croient savoir, par exemple, que la crise climatique implique un changement radical de paradigme. Dans ce cas, on s’applique à semer le doute dans les esprits, comme Naomi Oreskes et E. Conway l’ont montré dans « Marchands de Doute » (Éditions du Pommier).

Malgré tout, certains esprits continuent de ne pas avaler les couleuvres ultra-libérales. La tentation autoritaire existe alors et peut déboucher sur différentes formes de « libéral-totalitarisme ». Donc, si le peuple vote mal, on recommence jusqu’à ce qu’il vote selon les souhaits oligarchiques. Ou on supprime le vote.

D’où ces négociations commerciales plus ou moins secrètes et donc peu démocratiques, pour favoriser encore la machine infernale sans vraiment informer correctement les citoyens sur les enjeux ( voir d’autres liens en bas de page). Il me semble que l’information sur ce sujet est particulièrement déficiente dans nos contrées.

Notons que si une des craintes exprimées dans les liens est avérée, et que des tribunaux internationaux devaient sanctionner ceux qui ne se plieraient pas aux exigences ultra-libérales dans ces éventuels accords léonins, nous toucherions un nouveau fond dans ce monde orwellien. En effet, au moment où des voix se font entendre pour réprimer, grâce, par exemple, à une extension des compétences de la Cour Pénale Internationale, les crimes économiques dont les conséquences environnementales et sociales sont toujours plus graves, sanctionner ceux qui voudraient les empêcher serait le comble de l’hypocrisie et de la manipulation de la part de  vecteurs d’une idéologie ultra libérale perverse. 

D’ailleurs des structures judiciaires rendent déjà dans ce domaine des jugements qui peuvent en surprendre plus d’un:(en anglais)

http://citizen.typepad.com/eyesontrade/

http://italaw.com/sites/default/files/case-documents/ita1051.pdf

La défense des intérêts financiers semble bien plus urgente que le reste.

Il est important de tenter de tout relier et le constat suivant s’impose: loin d’être moribond, malgré les crises en cours, le système prépare ses rebonds. En cas de succès de ces machinations, les conséquences sociales et environnementales seront peut-être immenses. Nous avons tous facilement tendance à nous laisser distraire par des épiphénomènes: pas les vecteurs de l’ultra libéralisme au service de très grands groupes et d’oligarchies!

Vision paranoïaque? Encore un avatar de la théorie du complot plus ou moins fumeuse? Non, simple constat.

Conclusion: parler d’environnement ou de solidarité sans remettre en cause la machine infernale relève du  »wishful thinking », c’est à dire des « vœux pieux ».

Pendant que le « couarail » discordant des opposants  (= »discussions » en patois lorrain) continue, la machine infernale continue d’avancer ses pions dans l’indifférence quasi générale et pour le plus grand profit de la « corporatecracy » (dictature de fait de très grandes entreprises).

http://www.huffingtonpost.fr/2012/06/16/negociations-commerciales-fuite-administration-obama-embarras_n_1602742.html?utm_hp_ref=international

En anglais:

http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2012/aug/27/pacific-free-trade-deal

En américain:

http://www.citizenstrade.org/ctc/blog/2012/06/13/newly-leaked-tpp-investment-chapter-contains-special-rights-for-corporations/

En mixte:

https://jmmasson.wordpress.com/2012/09/22/halloween-du-pacifique-a-latlantique-trick-or-treat/

Addendum 2016: certains populistes prétendent refuser ces projets mais ne proposent pas pour autant de faire reculer les prédations anthropiques sur l’environnement ou maintenir les constructions sociales laborieusement construites. La méfiance s’impose!

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