Chauvinisme linguistique?

Une polémique a récemment parcouru nos contrées à propos de propos tenus par un dirigeant politique.
Plusieurs versions de ses propos ont circulé. La version exacte serait la suivante:

http://www.politis.fr/Ce-qu-a-VRAIMENT-dit-Melenchon,21436.html

« un comportement de quelqu’un qui ne pense plus en français, qui pense dans la langue de la finance internationale »

Quelques remarques: « en français » semble, dans ce cas, renvoyer a priori à la langue française.

Mais cette langue ne peut-elle pas, comme n’importe quelle autre langue, dialecte ou patois, véhiculer les idées de ce qui est appelé « la finance internationale » ou d’une manière plus générale l’ultra-libéralisme?

S’agit-il implicitement d’une allusion à une sorte de préférence linguistique: sous-entendu la langue française serait-elle supérieure? L’anglais étant souvent la langue pratiquée dans le monde financier, cette formule comporte -t-elle aussi un refus implicite de cet usage? L’anglais est aussi la langue de Thomas Paine, la langue de Thoreau! Une langue n’est qu’un outil. Les nations se composent parfois autour d’une langue qui n’est bien souvent qu’un des rares points communs entre leurs citoyens. Mais une langue peut également être pratiquée dans plusieurs pays. Nos amis belges et suisses parlent aussi français, dans une partie de leurs pays. Le français est aussi pratiqué dans de nombreuses autres contrées. La pensée s’exprime alors souvent en français, qu’elle soit favorable ou défavorable à ce que j’appelle le libéral-totalitarisme.
Alors, s’agit-il d’un raccourci pour suggérer « penser en tant que citoyen Français »? Dans ce cas, ce n’est plus un problème de chauvinisme linguistique mais de chauvinisme, qui peut donner lieu à toutes sortes d’interprétations. Les glissements sémantiques éventuels sont alors inquiétants.
De toute manière cette formulation est inopportune car beaucoup y ont vu un renvoi vers des allusions perfides. Ceci dit pour être juste, il ne faut pas non plus déformer la citation.

La prégnance de la pensée ultra-libérale est très forte quelle que soit la langue locale. Les citoyens du monde pratiquent toutes sortes de langues, qui toutes peuvent véhiculer une autre pensée au bénéfice de toute l’humanité. Pensez en français, en chinois, en russe, en esperanto, mais pensez une alter-société! Pensez à réduire l’hyperpouvoir de la finance dans votre patois préféré! Je ne vois pas le lien entre cette perspective souhaitable et la langue française.

Les lignes Maginot linguistiques contre des problèmes mondiaux sont-elles la panacée? Ce n’est pas la langue française qui va ralentir les changements climatiques anthropiques, mais une série de prises de conscience suivies de décisions politiques qui peuvent se faire dans toutes sortes de langues.

http://www.liberation.fr/livres/2013/03/21/nos-gouvernants-choisissent-d-autres-priorites-que-le-climat_890319

D’une manière générale, l’invective n’est pas souhaitable. Je préfère l’appel à la raison et à la justice:

http://www.bastamag.net/article1995.html

Enfin, il n’ y a pas que la finance internationale qui pose problème, c’est l’ensemble d’un système économique devenu une machine à exclure, comme George Monbiot sait si bien le montrer avec ses exemples en langue anglaise:

http://www.monbiot.com/2013/03/25/line-of-battle/

C’est aussi une mécanique productiviste qui met la vie en cause:

http://www.reporterre.net/spip.php?article3996

Et donc, la voie de la sagesse se situe plutôt par là:

http://www.lemonde.fr/culture/article/2013/03/15/pierre-rabhi-les-cles-du-paradigme_1845151_3246.html

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Un commentaire pour Chauvinisme linguistique?

  1. REY dit :

    Chauvinisme linguistique? Non, simplement prise position qui colle avec le personnage et ses idées: ras le bol de la Finance etc…. et appelons -en français dans le texte, càd dans une langue de bon sens façon Descartes- « un chat un chat » pour dénoncer / s’indigner de ce qui est insupportable à beaucoup.
    Ce que vous écrivez est intéressant mais rappelle un peu les querelles byzantines (sans allusion à la Grèce actuelle) : il y a le feu et on débat du sexe des anges. Pour conclure, le colibri de P.Rabhi qui « fait sa part  » est dans le vrai et je pense qu’on peut avoir une autre réponse à votre question en répondant à la formule de Laswell (c’est bien lui, non?) : QUI a dit QUOI, OU, QUAND, COMMENT, avec QUELLE(S) INTENTION(S)/POURQUOI et -mais vous avez anticipé-, QUEL(S) RÉSULTATS ?
    Bien à vous, André REY.

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