Silence sur l’essentiel-Battage sur les épiphénomènes

Une version moderne du « Much ado about nothing » adaptée à d’autres sujets.

Certains sujets sont développés jusqu’à plus soif: l’événementiel, les faits divers, la peur de l’Autre, en particulier, histoire de recentrer les troupes autour de chefs vaguement protecteurs et ainsi d’oublier la kleptocratie généralisée.

D’autres, en revanche, ne sont mentionnés que lorsqu’on ne peut pas faire autrement. C’est ce que George Monbiot a dénoncé à propos de la dernière campagne électorale outre-Manche: http://www.monbiot.com/2015/04/28/a-hole-in-the-system/ http://www.monbiot.com/2015/05/05/code-of-silence/ Cette bonne vieille méthode manipulatrice fonctionne parfaitement, comme le montrent certaines élections récentes, ici ou là.

Pour espérer passer un jour à une prise de conscience sérieuse, et non à des jacqueries purement réactives et sans but, il conviendrait de fournir d’autres visions, parfois moins euphorisantes. La tâche est immense, mais en cherchant bien on trouve des alternatives sur bien des sujets:

http://landinstitute.org/
Oui, il est possible de s’organiser autrement, domaine par domaine.

http://biosphere.ouvaton.org/de-2000-a-2004/506-2002-pour-un-catastrophisme-eclaire-quand-limpossible-est-certain-de-jean-pierre-dupuy-
Non, le système ultra-libéral, celui de la kleptocratie organisée, ne pourra pas régler tous les problèmes liés à l’hubris.

http://www.izneo.com/rapport-brodeck-autre-l-tome-1-A9125660
Au lieu de favoriser la peur de l’Autre, on devrait montrer où elle mène.

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3 commentaires pour Silence sur l’essentiel-Battage sur les épiphénomènes

  1. jmmasson dit :

    Nous avons reçu ce commentaire de Christian, un ami du Triptyque Economique:

    Oui, le système ultra-libéral est celui de l’ hubris,
    Il s’ oppose en tous points à la dike et à l’ ordre de la polis.
    La politique peut échapper a l’ exigence de vérité en prétendant que toutes choses se vendent et s’ achètent.
    L’ hubris de Callicles au début du Gorgias est la valorisation de la phusis, la nature, mais le Sophiste ne dit jamais la definition de la nature.
    C’ est une valeur sans contenu réel ,donc une non-valeur.
    La sophistique est donc un art de persuader par la puissance des mots ,mais ne satisfait en rien l’ exigence de vérité.
    L’ ultra-libéral est une rhétorique de l’ occultation, et un masquage réel de rapports violents au sein de la société.
    Ramené a notre contemporanéité, on dirait que c’ est une idéologie comme diraient Marx et Engels d’ une pensée qui marche sur la tète ,qui présente comme naturels et objectifs ses règles d’ or ses
    Maastricht, ses 3%.
    Hélas on peut reprendre Hegel et dire que le cours du monde ,l’ esprit objectif n’ admet aucune temporisation.
    En ce sens la politique ,n’ échappe pas à la vérité si cruelle ,si imminente et si menaçante.
    Merci encore pour ces échanges et ce mot si important d’ hubris.
    Je réfère quant a moi le Logos et la Diké.
    Bonne soirée.

    CHRISTIAN

  2. jmmasson dit :

    Nous avons reçu du même ami du Triptyque Economique le complément suivant. Cet ami précise qu’il a été rédigé « d’après les notes de cours de Monique Dixsant »
    Encore une précision qui conditionnera beaucoup de choses :
    L’ hubris pour les grecs c’ est la démesure et l’ origine du malheur, voir Sophocle ,parce que l’ homme brave les dieux et l’ ordre du kosmos,alors il attire sur la cite
    les pires calamités.
    Pour Platon, ce qui compte c’ est que l’ordre règne aussi bien dans l’ âme que dans la cité.
    Tout dérèglement est dangereux parce qu’il perturbe l’ équilibre de la cite et tend a faire perdre de vue les principes de la cité.
    La corruption des régimes politiques ,de l’ aristocratie vers la démocratie ,puis de la timocratie vers l’ oligarchie et enfin vers la tyrannie ,est significative du dérèglement de l’ âme, qui n’ a plus de mesure, ce sont les désirs impétueux qui prennent le pouvoir dans l’ âme .
    Lire République VIII et le passage sur ces redoutables Lotophages qui ont bien évacué dans l’ âme toutes les semences de justice et de vérité.
    D’ où le travail de la Philosophie: introduire le débat bousculer les certitudes, provoquer l’ étonnement et l’ inquiétude:
    -C’ est une maïeutique, au sens où Socrate accouche les esprits et fut-ce au forceps.
    -il se comporte comme la torpille qui paralyse son adversaire, ainsi dans le Menon
    La parole philosophique ne peut qu’ être malvenue dans la logique du marché:
    Aux critères politiques d’ égalité de tous devant la loi, donc de l’ isonomie, défendue par les philosophes, s’ oppose l’ idéal d’ une prédation infinie du marché qui se
    drape de l’ idéologie de la concurrence libre et sans entraves.
    Le mot racket est un mot juste qui signifie piquer de l’ argent sans contrepartie légitime, la preuve : la tendance dangereuse de la flambée des prix dans le domaine de l’ énergie au nom de la libre concurrence de Bruxelles ,ou encore les appétits des sociétés d’ autoroute.
    On peut énoncer cette règle que la prédation infinie est la loi tendancielle du capitalisme moderne
    Tel est le point de départ d’ une Science Economique qu’ il faut situer par rapport à son idéologie
    On présuppose l’ idée d’ une autorégulation des rapports économiques alors qu’ils ne traduisent que des rapports de force et leur intérêt vorace.
    Le problème de cette science économique tellement frelatée qu’ elle se mue en technocratie, c’ est qu’ elle ruine toute politique au sens d’ un accord mutuel des citoyens pour vivre ensemble.
    Elle présente les prétendues lois de l’ économie comme des lois logiques objectives s’ imposant a tous, a priori.
    Dans les Universités, on repère ce genre d’ attitude dans l’ enseignement de l’ épistémologie, la réflexion se réduit alors à un calcul. C’ est donc une technologie de l’ esprit.
    Mais c’ est faire abstraction de la voracité du capitalisme et de ses chantres
    On pourrait imaginer la cité comme une ruche ou l’ on produit du bon miel ,mais introduisons donc des Citoyens Frelons et ceux-ci vont détruire la cite.
    On verra ainsi des démagogues d’ autant plus dangereux que tantôt, ils s’ alimenteront de thèmes de droite ,tantôt, ils iront a la pêche à gauche, une telle façon de faire de la politique est bigarrée et un travestissement perpétuel.
    Finalement va prévaloir le thème que ca ne sert a rien de voter et de participer aux affaires de la Cité.
    On s’ en remettra donc à ces démagogues de circonstance aussi frelatés que des amours de rencontre.
    Autre alternative:
    On verra alors prospérer des communautés autarciques repliées sur elles-mêmes, des idéologies proches de l’ épicurisme et du stoïcisme, ou des thèmes utopiques.
    On en arrive à la conviction de la ruine de la cité, avec sa conséquence inévitable: la barbarie.
    Ainsi, la prédation infinie est l’ essence de notre société et la cause prochaine de sa ruine.

    CHRISTIAN

    A lire : Monique Dixsaut Le Naturel Philosophe chez Platon éd Les Belles Lettres( elle était professeur à Poitiers et Normale sup)
    Michel Pierre Edmond Philosophie Politique Edition Masson (excellent cours de Khâgne )
    Jean-Pierre Vernant Mythe et Pensée chez les Grecs plusieurs fois réédité chez Maspero.
    Sans oublier notre chère Jacqueline de Romilly

  3. jmmasson dit :

    Un autre complément du même ami du Triptyque Economique:

    Le recentrage autour de chefs vaguement protecteurs et la kleptocratie généralisée nous ramènent encore à Platon.

    Se pose la question de la compétence des experts.

    C’ est toute la question du Gorgias ,et de la puissance de la rhétorique.
    La sophistique n’ est pas un savoir, c’est seulement une technique des effets ,une certaine puissance fondée sur la manipulation.
    Callicles met en scène la puissance de l’ hubris ou hybris en valorisant la libération des passions contre les règles de la cité et l’ isonomie ,c’ est à dire l’ égalité de tous devant la loi.
    Quelle compétence doit-on privilégier pour fonder la cite celle du sophiste ou celle du philosophe ?
    Réponse de Socrate:
    « La différence de la philosophie d’ avec ton discours Callicles, c’ est qu’ elle dit toujours la même chose.
    Mais alors si ce que tu dis Socrate est vrai, alors nous faisons l’ inverse de ce qu’il faudrait et notre vie va être mise sans dessus dessous. »
    On voit bien que si nous voulons orienter la cité vers le bien la tourner vers l’ idée et la connaissance,alors il faut rompre avec ces discours frelates des faux experts.
    Pour Platon, le changement de Politique commence par un statut de la connaissance.
    Qui doit gouverner? Ce sont les Philosophes, pas tellement parce qu’ils ont envie de s’ investir dans les affaires de la cité mais parce qu’ ayant contemplé le bien, ils sont les plus compétents , il faut les faire redescendre s’ occuper de la cité.
    C’ est le mouvement de la République, livre VII .
    La question politique par excellence, c’ est la compétence et non pas le fait de s’ en remettre a des chefs vaguement protecteurs, d’ ailleurs ils ne protègent rien puisqu’ ils spéculent en permanence avec leurs fonds vautours qui maximisent les profits de quelques uns en attaquant les réserves des états grâce a une occultation permanente de leurs algorithmes.
    La valeur ainsi ,c’ est le subjectivisme et le relativisme de Protagoras, c’ est ce qui apparait a un certain moment dans les trafics financiers.
    Mais encore c’ est ce fonds insatiable, cette hybris que dénonce Socrate dans l’ image du tonneau des danaïdes.
    C’ est ainsi que des petits traders peu scrupuleux mettent en exergue les spéculations à haute échelle ,les péripéties individuelles ne remettent pas en cause l’ énormité du système et les véritables coupables..
    L’ épiphénomène cache une toute autre réalité, il y a l’ apparence et il y a la véritable structure des phénomènes.

    On voit donc l’ actualité de cette dénonciation de la Sophistique.
    En parallèle, la corruption des régimes politiques, qui nous mène tout droit vers la tyrannie.

    Et le statut de l’ autre ?

    C’ est le complément sympathique de la philosophie au sens de sum pathein sentir ensemble ,et faire régner dans la cite le sumphonei c’ est a dire l’ accord juste dans la cite comme dans l’ homme c’ est à dire éviter toute dissonance, toute discordance..
    Avec l’ autre, le philosophe dialogue dia logos et donc ne lui fait pas violence .
    La peur de l’ autre est une oxymore tragique car ou bien il y a un autre et on va aller avec lui au travers des arguments, ou bien il y a une peur de l’ autre, pas de dialogue possible, préjugés et haine destructrice, toutes choses que Socrate dénonce.
    En même temps l’ autre inquiète au sens où :

    1/ il peut comme Socrate pratiquer une maïeutique et accoucher les esprits du savoir dont elles étaient gros
    2/ il peut aussi se comporter comme la torpille du Menon c’ est a dire paralyser ceux qui détiennent un faux savoir.

    Ramenés a aujourd’hui, ces questions supposeraient un changement tel qu’aucune formation politique ne pourrait le prendre en charge.

    En attendant que voit-on ? La cupidité généralisée est la seule attitude humaine valorisée, acquérir des richesses par la violence ,l’ envie, la compétition ,tel est le visage de ce nouvel égoïsme et ce ces nouvelles sciences du moi.
    Proposition de sujet de Philosophie:
    Comment est-on perçu par autrui ?
    (et quelles sont les catégories inconscientes qui gouvernent nos choix ?)
    La nouvelle cosmétique, le fitness, les régimes alimentaires américains, le narcissisme outrancier, tous ces faux docteurs de la sexualité débridée qui en devient l’ idéologie des pauvres des paumés.
    Le nouvel égoïsme et son cortège d’ impostures ne sont pas arrives par hasard avec l’ ultra-libéralisme de Madame Thatcher et de Reagan.
    Toute l’ école ultra-libérale de Chicago énonçait les fondements de nos sociétés: critique de l’ état, dérèglementation, casse des services publics, casse privilégiée de la sante et de l’ éducation.
    Très habilement et plutôt bien exploités furent les discours féministes au fond ultraréactionnaires ,les discours anti-immigrés, anti étrangers.
    Et si on y réfléchissait un peu ?
    Comment faire autrement ?
    Par exemple:
    Apres avoir semé la destruction,aider à la réhabilitation de l’ Afghanistan, aider à la construction d’ écoles et d’ universités, faire une grande cause de l’ éducation des femmes.
    C’ est par là et pas sous les tapis de bombes qu’il faut travailler, tout sauf le fanatisme et la haine.
    C Roussel

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