Grèce et Euro

Depuis des mois, voire des années, les grecs sont collectivement présentés comme coupables de légèreté par rapport à la gestion monétaire de leurs gouvernants successifs.
Ce reproche est scandaleux, car il jette l’opprobre sur un peuple, ce qui ressemble étrangement à la démarche raciste.
De plus, ce qui est rabâché jusqu’à plus soif sur la gestion de ce pays n’est pas toujours exact:

http://www.audit-citoyen.org/?p=6374

La moindre des choses dans un pays démocratique, serait de donner beaucoup plus de place aux approches démocratiques alternatives afin d’éviter ce qui pousse à une sorte de rejet de ce pays et pour certains au rejet de l’Euro.

La responsabilité de la situation actuelle ne reviendrait-elle pas plutôt à une politique monétariste ultra-libérale, dont l’aboutissement, une fois la proie prise dans la nasse de l’endettement organisé, conduit à la privatisation des communs et au saccage des constructions sociales, sans parler de l’environnement, qui perd alors son caractère fondamental. D’autres pays s’appliquent ces pseudo-remèdes spontanément ou vont même plus loin: (en anglais)

http://www.monbiot.com/2015/07/08/3796/

La solution n’est pas la disparition de l’euro mais sa mise au service de politiques qui préservent l’humain et l’environnement contre les prédations systémiques incarnées par le libéral-totalitarisme. Ceci est valable pour toutes les monnaies.

Plus concrètement encore, on peut se demander pourquoi le développement d’un vaste secteur authentiquement coopératif n’est pas favorisé dans ce pays et ailleurs. Le Triptyque Economique, (voir page d’accueil), c’est l’idée de limiter le secteur libéral à une partie des emplois et du PIB. Actuellement, la solution souvent présentée est la privatisation du bien commun, notamment du secteur public. La dignité n’exigerait-elle pas plutôt le passage progressif de pans entiers de l’économie vers un secteur coopératif authentique, fondé sur des principes de sobriété? Quelle sera la place de la démocratie dans un pays où la décision économique échappera au peuple et à l’état?

http://www.reporterre.net/Une-nouvelle-economie-fondee-sur

Dans nos contrées, une loi sur l’ESS a été votée et son esprit du départ semble-t-il assez vite oublié:

http://www.ressources-solidaires.org/Le-projet-de-loi-Hamon-brade-la

Pourquoi les gouvernements qui se disent progressistes ne développent-ils pas considérablement l’autre économie, une économie fondée sur le principe « un être humain, une voix », une économie dont le cahier des charges comprendrait le respect de l’environnement et dont le principe général serait la coopération plutôt que la concurrence de tous contre tous, une économie où la spéculation pourrait être sévèrement encadrée?

Encore une fois, le problème fondamental n’est ni la Grèce, ni l’euro, il est celui du monochrome économique dominant. Ne confondons donc pas épiphénomènes et approche systémique!

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3 commentaires pour Grèce et Euro

  1. de Saxcé jean dit :

    « La solution n’est pas la disparition de l’euro mais sa mise au service de politiques qui préservent l’humain et l’environnement contre les prédations systémiques incarnées par le libéral-totalitarisme. Ceci est valable pour toutes les monnaies… »
    Jean-Michel, Je ne comprends pas cette dialectique politique…Je veux dire, je ne comprends pas ce quelle implique concrètement dans la vie de tous les jours…Comment la société s’organise-t-elle avec un discours comme celui-là. Je m’explique: L’Homme est égoïste et matérialiste par nature et ce n’est pas près de changer ! Aujourd’hui au 21ème siècle, les gens veulent une voiture à eux, un frigidaire à eux, une maison ou un appart à eux, ils veulent de l’eau chaude et froide en quantité suffisante qui sort d’un robinet dans la maison, ils veulent un travail pas trop pénible, ils veulent être bien soigné pour pas trop cher, ils veulent du chauffage quand il fait froid, à manger et à boire quand ils ont faim ou soif, et des salaires conséquent pour se payer tout ça…. plus des loisirs.
    C’est vrai, comme le dit André Conte Sponville, qu’il faut moraliser le Capitalisme (ne pas laisser la haute finance faire n’importe quoi), mais la propriété individuelle et l’économie de marché ne sera jamais remise en cause nulle part en occident…le collectivisme n’est pas une solution qui a déjà prouvé son échec dans l’histoire…
    Je sais que l’humanité avec ce système va dans le mur…mais comment l’en empêcher ???

    • jmmasson dit :

      Merci Jean pour ces questionnements. Le Triptyque Economique, c’est précisément une proposition de faire cohabiter des visions antagonistes car comme tu l’écris nous allons dans le mur . Cela ne remet pas en cause la propriété de son lieu d’habitation .

  2. jmmasson dit :

    Contribution de Christian Roussel:
    Hier soir, j’ ai écouté une émission des « nouveaux chemins de la connaissance » consacrée à Aristote.cette émission est animée par Raphael Enthoven, qui invite des specialistes universitaires.

    Le thème en était Aristote et la Politique a partir des textes majeurs d’ Aristote : L’ Ethique à Nicomaque et les politiques.

    Bien entendu cette reflexion grecque sur la politique nous interpelle.
    Il faut d’ abord rappeller qu’ Aristote a été élève de Platon dans le Protagoras. Platon, en reprenant le mythe d’ Epiméthée nous dit que l’ homme était le plus démuni des animaux qui ont tous des défenses naturelles, mais les dieux ont donné aux hommes l’ art politique auquel tous doivent participer parce que cet art politique est réparti entre tous les hommes alors que les animaux ont des griffes, des nageoires, des poils.
    L’ idée antique de la politique,c’ est la participation obligatoire de tous à la cite.
    Elle est exclusive d’ une idée de l’ appropriation du pouvoir politique, d’ où le problème de savoir comment répartir la politique: c’ est ici qu’ intervient le rôle de la bouleusis, « l’ asemblee du peuple » .
    Pour Aristote,la politique est une affaire d’ hommes libres et en aucun cas une affaire de techniciens spécialisés, un gouvernement d’ experts, insistons sur ce point profondement grec, l’ idée que la politique serait une affaire uniquement d’ experts, de technocrates est profondément étrangère à la pensée aristotelicienne.
    Pourquoi?
    Parce que dit Aristote, il y a une hiérarchie des savoirs, alors que les artisans ou les esclaves manipulent des  » technai », c’ est a dire des procédures spécialisées: par exemple, le coordonnier fabrique des chaussures ou accomplit son « ergon » propre, c’ est à dire l’ objet de sa spécialité ,le politique se positionne au niveau des fins et la fin de la cité, c’ est le bien, toute confiscation de la politique au profit d’ une petite minorité ne peut que nous mener à la tyrannie et peut-etre à la guerre.
    Très étrangement,dans le livre V de la politique II,1313 a, Aristote formule un catéchisme de l’ art politique du tyran qui pourrait plaire a nos technocrates modernes, je cite: » retrancher du corps social les gens supérieurs ,c’ est à dire supprimer les grands esprits,ne permettre ni repas en commun, ni associations, ni éducation ni aucune chose du même genre, mais au contraire, prendre garde à tout, ni aucune autre association d’ enseignement. L’ habitude donne naissance a ces deux sentiments: grandeur d’ âme et confiance, donner l’ ordre qu’il n’ y ait ni société savante »
    Par contraste, pour Aristote, comme pour ses compatriotes, parce que l’ homme a le logos, qui est la raison et le discours, alors il peut participer aux affaires de la cité,et c’ est cela qui constitue la nuance entre la politique ordinaire, les débats de partisans et LE POLITIQUE, la politeia, qui est une affaire d’ hommes libres délibérant dans le cadre de la polis sur ce qui est bien pour la cité.

    Indissociablement sont liés la fin et les moyens.

    Nous trouvons ainsi les idées de délibération, de sagacité et de kairos.
    L’ homme politique, comme Périclès, délibère donc sur ce qui est bon pour la cité, il sait engager ses troupes au moment opportun ni trop en avant, ni trop tard mais juste au moment qu’ il faut, quand il faut où il faut,
    L’ action chez Aristote ne résulte pas d’ une théorie énoncée selon des algorithmes rigides , ( nos 3% ! )mais en prenant intimement en compte la réalité, il faut savoir calculer le bon moment, le moment opportun ,le « kairos ».
    Comment se déduit la règle commune ? Alors qu’ au XVIII eme siècle la moralité s’ oppose à toute intervention sensible, ce que Kant appelle l’ hétéronomie, ,chez Aristote, on part du sensible, de l’
    expérience et c’ est en cela qu’ Aristote est un penseur du réel, n’ oublions pas qu’ il était le fils d’ Asclepsios et que sa vocation première était d’ être médecin, il a passé sa vie à écrire des traités de biologie.
    Le politique n’ est donc pas un gestionnaire abstrait et confiscatoire de la démocratie, et les règles de l’ art politique ne peuvent découler d’ une quelconque table des catégories mais d’ une participation de tous à la cité, et de la prise en compte des réalités géographiques, culturelles, historiques.

    Définitions:
    « Voilà la raison pour laquelle Périclès et ses semblables sont des gens sagaces, croyons-nous, c’ est parce qu’ils sont capables de voir ce qui est bon pour eux-mêmes et ce qu’il l’ est pour les hommes.
    un peu plus loin…
    Et ceux que nous jugeons tels, ce sont les gens qui savent tenir leur maison et les hommes politiques. » ref Ethique à Nicomaque VI 1140b p135 Pléiade.

    ….. »il s’ ensuit nécessairement que la sagacité constitue un état accompagné de raison qui étant vrai porte à l’ action quand sont en jeu les biens humains »

    Conséquences: la philosophie grecque nous renvoie donc à la crise actuelle, qui ne peut se résumer à un déficit comptable.

    Un déficit comptable s’ appelle une créance irrécouvrable.
    Au vu de la situation du débiteur, on peut l’ admette en ANV c’ est a dire en non valeur, comptablement elle devient une charge ,mais la créance ne s’ éteint pas et son recouvrement peut reprendre si le débiteur revient à meilleur fortune.
    Mais si on étouffe la capacité du débiteur à rembourser sa dette, par exemple en saisissant ses moyens de production, alors il ne pourra jamais rembourser sa dette. En comptabilité, cette situation s’ appelle une perte et l’ imbécillité de Von Shraube consiste donc, pour une raison idéologique, à ôter à la zone € tout espoir d’ un remboursement de la dette.
    Cette grave imbécilité de Von Schraube visait a faire fi de la Démocratie Grecque et d’ ejecter Alexis Tsipras,ce scénario aurait tres bien pu entrainer une revolte populaire en Grèce et déstabiliser réellement l’ Europe, cette grave imbécilité, avec son risque de guerre, pose donc le problème de l’ hégémonie allemande, du pangermanisme, c’ est un nouveau risque de guerre que nous ne pouvons ni prévoir,ni écarter.
    Pour en revenir aux tâches immédiates de la Grèce, un eleve de quatrieme comprendrait que le premier problème qui se pose est démocratique et se fonde sur l’ impôt, et son recouvrement.
    Pour reprendre nos philosophies antiques, il faut donc substituer à l’ excès, l’ intempérance, l’ hubris, le règne de la Diké qui est aussi celui de l’ isonomie, c’ est à dire l’ égalité de tous devant la loi.
    La crise actuelle est donc la plus grecque qui soit puisqu’ elle convoque Aristote et Platon ,et au delà de la Grece, devant l’ Europe.

    Nos amis grecs n’ ont donc pas à rougir d’ eux, parce que fidèles à l’ essence de leur civilisation, ils viennent de donner à l’ Europe une nouvelle respiration.

    Christian

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